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Le bonheur des rendements, ce n’est pas tout!

Par Philippe Ventura, CFA le 15 janvier 2013

En 1942, Viktor Frankl, psychiatre et neurologue viennois, fut déporté par les nazis et passa les 3 années suivantes dans un camp de concentration. Il y vit sa famille entière décimée, mais réussie à comprendre malgré les pires horreurs que l’Humanité ait à offrir, certaines vérités indélébiles. En 1946, en neuf jours, il écrivit Man’s Search for Meaning, un bestseller sur ce qu’est le sens de la vie. Reconnu par la Bibliothèque du Congrès américain comme étant un des 10 livres le plus influant aux États-Unis, ce bouquin demeure une source inépuisable de sagesse.

Quel est le lien entre ce blogue financier, les rendements de votre portefeuille et cette sommité du domaine de la nature humaine? C’est la raison d’être, le sens à sa vie. En fait, selon cet auteur, la recherche du bonheur devient la source de son malheur.

Dans un récent article publié dans le Journal of Positive Psychology, les chercheurs ont déterminé que la raison d’être et le bonheur se chevauchent, mais sont bien différents, presque mutuellement exclusifs. Être heureux c’est principalement associé à l’acte de prendre (« taker »). À l’inverse, un donneur (« giver ») mènerait une vie avec beaucoup plus de signification.

« Mener une vie de bonheur sans raison d’être devient superficiel, centré sur soi, voire égoïste, où la satisfaction immédiate prime et les difficultés sont évitées » écrivent les auteurs.

Ils ont déterminé que le bonheur  est davantage une recherche de sentiments agréables. Consommer apporte un sentiment de satisfaction. Plus on a d’argent, plus on est heureux. Évidemment, avoir moins d’argent dans ses poches se traduit par un sentiment d’insatisfaction prononcé et une raison d’être évanescente.

Le bonheur est donc lié à l’assouvissement de ses désirs. La recherche du bonheur exclut de facto le vœu d’aider les autres, car elle porte sur le « me, myself & I ».

Par contre, lorsqu’on recherche une raison d’être, et non la recherche immédiate de la satisfaction, nous sommes portés à donner, que ce soit à nos enfants, le prochain, une cause, etc. Vous conclurez rapidement, que la recherche d’une raison d’être n’est manifestement pas toujours associée au bonheur : les études ont toujours démontré que les parents ressentent moins de plaisir à interagir avec leurs enfants qu’à faire de l’exercice, de manger ou à regarder la télévision.  Élever nos enfants -se donner à eux- est une raison d’être en soi. Mais ça ne nous rend pas automatiquement heureux…

Le sens à la vie dépasse aussi les bornes temporelles. Le bonheur se retrouve dans l’immédiat. Nous n’avons qu’à combler un désir et nous ressentirons un bonheur éphémère. Pensez-y : une friandise, un voyage, un prix nous donnent un bonheur le temps qu’ils dureront.

Or, ceux qui se battent avec leurs démons du passé, du présent et de l’avenir le font parce qu’ils vivent dans une continuité de leur raison d’être. Car une cause, l’éducation des enfants, par exemple, n’est pas une chose d’un moment donné. Ça transcende l’immédiat pour offrir un sentiment soutenu de plénitude. Ce dernier n’exclut pas le bonheur, mais ça ne l’inclut certainement pas automatiquement.

Dans une autre étude en 2011, les chercheurs ont confirmé que l’individu qui possède un sens à sa vie ressent un niveau de satisfaction et de plénitude beaucoup plus élevé qui celui qui n’a pas de « but ».

Nous sommes entourés de Porsche, de BMW, de grosses montres et autres biens de consommation qui affichent un statut. Et souvent, ces articles ont été achetés à crédit : un bonheur bien bref et superficiel à un prix si long à payer.

Nous voulons des rendements exorbitants sur nos placements sans vraiment savoir pourquoi nous faisons de l’épargne. Cela devient un but en soi. Malheureusement, rapidement, la recherche de la richesse devient aussi vide que les biens de consommation qu’elle nous permet d’acheter.

Selon moi, on doit prendre le temps de savoir ce qu’on veut faire et pourquoi on veut le faire. On doit s’arrêter et penser. On doit discuter avec un ami, un conjoint, son psy ou, pourquoi pas, son conseiller financier.

En fin de compte, épargner pour épargner est inutile. Avoir du rendement pour du rendement vous mènera tout simplement plus vite à une destination inconnue.

Pourquoi faites-vous ce que vous faites? Pourquoi épargnez-vous de l’argent? Pourquoi songez-vous à votre sécurité financière?

Je vous propose aussi la lecture suivante : Avoir ou être d’Erich Fromm.

 

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